Le Toucanlouche mais voit loin...

Les Loupiotes de la ville

07/2009

La Provence - Par Joël Rumello

Festival d'avignon OFF 2009

Deux vagabonds, Kmel et Toine, se rencontrent sur un banc -bon, ok, deux chaises, mais on va pas commencer à chipoter-, se cognent l'un à l'autre, se voient donc de très près et en profitent pour se reconnaître. Frères de galère, compagnons d'infortune, ils n'ont rien à perdre et peuvent donc tout oser. Les voilà donc partis pour une aventure sans queue ni tête, loufoque au possible, qui les conduira au fond des mers, au poste de pilotage d'un Boeing ou au beau milieu d'un désert indéterminé... Champions de mime catégorie poids plume, Kamel Isker et Antoine Guiraud n'ont guère de mal à emporter le public dans leur délire d'autant que la mise en scène et les lumières sont réglées comme du papier à musique. Là où beaucoup ont surtout de l'énergie, ils démontrent leur science du rire sans avoir à se forcer de trop, c'est sans doute ce qu'on appelle le talent. Le spectacle s'appelle Les loupiotes de la ville et Charlie Chaplin est évidemment convoqué à cette fête, Keaton aussi on s'en doute, mais la meilleure surprise que nous offre ce duo-là, c'est encore de parvenir à rendre hommage à ces génies du mime sans les plagier. Chapeau.

  Les Loupiotes de la ville

  "Des loupiotes plein les yeux" 04/2008

                                       Malakoff-Infos - Par Shara Raley

Le 12 mars dernier, dans le cadre des goûters-théâtre à Jours de fête, les jeunes malakoffiots ont découvert Loupiotte, spectacle de «mime perturbé». Un air de piano, un peu mélancolique. Un banc public. C’est là, dans la rue, que Kmel et Toine, se rencontrent et se lient d’amitié. Avec pour seuls accessoires leur imagination et leur sens aigu du burlesque, les deux compères s’inventent un monde délirant, digne héritier des Tex Avery, Buster Keaton, Charlie Chaplin, et autre Emir Kusturica : au volant d’un bolide, d’un avion, sous les mers ou sur un ring de boxe…

Le public, réjouit et déconcerté, découvre de scène en scène les métamorphoses magiques nées de ces deux solitudes. Avec une dizaine d’autres comédiens sortis du même conservatoire, Antoine et Kamel ont créé il y a deux ans la compagnie du Toucanlouche, que les jeunes malakoffiots avaient découverte avec «Princesse Carotte». Une telle dose de talent d’imagination leur promet un bel avenir…

Les Loupiotes de la ville

  "Un rêve qui veille"  10/2007

       Théâtre 13

Danielle Dumas ( Rédactrice en chef de l’Avant-scène Théâtre de 1986 à 2004 )

  On vit mal dans la rue. Les passants trop pressés n’ont pas une obole pour le pauvre claquedent solitaire qui tend la main. Et quand il essaie de dormir sur un banc public un autre traîne-misère voudrait lui prendre sa place. C’est trop ! Et chacun de réagir comme une bête qui veut défendre son territoire…

 L’homme est une brute à l’état de nature, un voleur, un chenapan. Les pauvres seraient-ils méchants ? Non, juste méfiants. Mais quand l’un et l’autre enfin se regardent, ils se voient identiques : même souffrance, mêmes gestes, même T-shirt, même veste, même pantalon, mêmes baskets, et même grommelot pour s’exprimer dans une langue inconnue qui ne laisse distinguer que les prénoms : « Kmel » et « Toine ». L’inquiétant étranger n’est qu’un autre soi-même. Alors… à défaut de pouvoir partager son pain, Kmel dédouble… son chapeau, seul accessoire qui manquait à Antoine pour être son pareil.

Frères de bitume, les voilà jumeaux, amis pour le pire, en attendant le meilleur : Kamel et Antoine. Retenez ces prénoms. Vous ne les oublierez plus. Car ces deux-là ont l’âme naïve de Charlot, et pour démunis qu’ils soient matériellement, les deux êtres qu’ils incarnent sont riches d’imagination. Leur angoisse du lendemain ? Ils la transmuent en jeu et toute inquiétude devient sujet de rire.

 La plupart des spectacles immobilisent le temps et l’espace. Avec Loupiotte, le temps devient fluide et l’espace réversible. Antoine et Kamel, comme deux pantins élastiques affrontent les dangers et la méchanceté du monde et retombent toujours sur leurs pieds. Ils savent voyager de ring en stade, du court de tennis à l’aérodrome, du bord de la rivière à l’hôpital et de la détresse à la tendresse.

 Comme deux « petits Poucet rêveurs », ils entraînent les spectateurs dans une course follement drôle qui, parfois, vire au cauchemar. Hommes « dont jamais l’espérance n’est lasse », ils ne découragent jamais. L’amitié est leur « loupiotte », et les sauve de toutes les vicissitudes. Le miracle est qu’ils en persuadent aussi les spectateurs qui délirent de bonheur avec eux. Car, il y a toujours, « un rêve qui veille », et, s’ils sont de la « race d’indépendants fougueux » chère à Jean Richepin, ils sont naturellement poètes...

Les Loupiotes de la ville 

 "Une amitié perturbée" 13/08/07

Le Républicain Lorrain - Festival "La Sarre à Contes"

Kmel et Toine ont donné à voir « Loupiotte », sans paroles, les affres d’une amitié belle et tourmentée. La scène de la salle socio-culturelle s’ouvre toute grande pour dévoiler deux frêles silhouettes : Toine et Kamel. Deux nomades de naissance qui viennent de se rencontrer dans la rue. Premiers contacts plutôt rudes, tout en mime, puis ils se mettent à rêver et envisagent de partir en voyage. Un périple ponctué de péripéties. Perturbé, comme le sont les deux compères, le spectacle change de rythme et de thème sans prévenir : partie de pêche, trinquer un coup, une virée en voiture, ou encore disputer une partie de tennis. Les gags se succèdent à fond de train et tout est source soit d’une franche amitié, soit d’explications acrobatiques. Tantôt drôles, tantôt tristes et émouvantes, les situations les plus banales prennent un sens spectaculaire à travers le mime de ces deux grands artistes. La troupe parisienne « Le Toucanlouche » gagne une généreuse ovation.

Les Loupiotes de la ville 

 "Du mime contrarié" 27/07/07

Sud-Ouest La Rochelle  -  Festival "THEATRE EN ETE"

Kamel ISKER et Antoine GUIRAUD de la compagnie théâtrale Le Toucanlouche ont donné un aperçu hier, place de la caille, de leur spectacle « Loupiotte ». Ces deux jeunes comédiens ont choisi la forme du « mime perturbé » pour se ressembler dans une symétrie de jeu étonnante. « Le mime perturbé vise à briser les conventions du visage et du masque blancs », déclarent les deux comédiens. En effet, leur « Loupiotte » est faite de calmes trompeurs auxquels se succède l’agitation frénétique des deux comédiens , mimant tour à tour des chiens, des automobilistes, des boxeurs, ou encore des pêcheurs qui deviennent poissons. « La référence aux films muets est très présente dans notre jeu, mais nous voulions faire un théâtre pour tous, non complexant, pour ceux qui vont au théâtre comme pour ceux qui n’y vont pas ». A travers leurs corps, les deux jeunes acteurs racontent des situations diverses et dont le fil rouge reste ce duo de personnages nécessairement liés. « Le spectacle s’adresse à tous les rêveurs : c’est l’histoire de sans abris qui compensent la réalité de leur vie en retrouvant une âme d’enfant. »

Ce spectacle, né d’une grande complicité entre les deux hommes, tourne dans les festivals depuis un an. Leur compagnie, Le Toucanlouche, est aussi jeune que cette création et est née de l’union de sept camarades du conservatoire du 13ème arrondissement de Paris. Le choix du « théâtre mouvement », mais aussi d’une nouvelle forme de langage propre au spectacle, « le bröch, en fait plus ou moins des grommellements » selon les deux comédiens, doit laisser le spectateur comprendre et découvrir la poésie de ces situations.

Accompagnés uniquement de deux chaises et de leurs chapeaux, Kamel et Antoine détournent ainsi les objets et les situations qu’ils représentent : « la quasi-absence d’accessoires est un parti pris : il faut allumer la loupiotte de son imagination pour rentrer dans la forme et comprendre le spectacle ». Le rêve et le burlesque du spectacle touchent ici en premier lieu les enfants, visiblement enchantés de cette avant-première offerte hier place de la Caille. « Loupiotte » ne leur est pas uniquement destinée, et les parents se laisseront emportés par la poésie du spectacle.

Les Loupiotes de la ville 

"Jouer à faire semblant" 09/03/07

Sud-Ouest  -  Par Dominique Guirauton 

Festival "Les théâtrales de Mourenx" 

CRITIQUE.

La MJC était comble pour le spectacle "Loupiotte". Mercredi dernier, la MJC s'est remplie de cris et de rires d'enfants venus des centres aérés de Mourenx et des environs.Ils sont venus voir le spectacle créé par la compagnie Le Toucanlouche intitulé « Loupiotte ». Les deux interprètes, Antoine et Kamel les ont emportés dans un monde où le rêve et l'imagination sont rois. Ces deux parisiens, adeptes du mime "perturbé" comme ils le nomment eux-mêmes, se sont rencontrés il y a cinq ans et, de leur complicité, est né ce spectacle qui a pour tout accessoire deux chaises et deux chapeaux.

Deux acteurs, une multitude de personnages.

L'histoire commence par une rencontre entre deux êtres que la société a rejetés, l'un va donner un chapeau à l'autre pour sceller leur nouvelle amitié et les voilà parti dans de folles aventures où ils vont devenir tour à tour, automobilistes, chiens, boxeurs, pêcheurs, poissons, pilotes de ligne, tennismen, chef d'orchestre? Ils parlent dans un drôle de langage, inventent des mots. Les scènes se succèdent et les spectateurs essayent de deviner par un geste, une attitude, où les comédiens les emmènent, sous l'eau, chez un pizzaïolo, dans le désert… Tout s'enchaîne très vite de façon dynamique, des moments drôles se substituent à des moments plus graves, le tout rythmé par de la musique classique et des jeux de lumière.

Le spectateur voyage dans le monde de ces deux doux rêveurs qui n’ont pas fini de "jouer à faire semblant".

Les Loupiotes de la ville

"A deux, c'est mieux" 07/02/07

Le Figaroscope  -  Par Jean-Luc JEENER

Théâtre l'ARTicle

Un jour de solitude, Antoine et Kamel se rencontrent. Deux univers, deux mondes qui  s’affrontent dans la complicité. Ils rêvent de partir. Faire du théâtre sans doute, fuir la vie, la ville peut-être. Les voilà en partance dans un monde à la Beckett, déroulant leur histoire comme dans le jeu des poupées russes. Leurs chapeaux leur servent de bagage mais aussi d ’amis, d ’interlocuteurs, d ’enfants. Tout un monde poétique se déroule devant nous.

CRITIQUE.  Pas de décor, deux chaises, mais juste du talent. Kamel Isker et Antoine Guiraud se complètent formidablement. On se laisse emporter par leur imaginaire.
« Qu ’est-ce qu ’ils font ? Qu ’est-ce qu ’ils disent ? Qu ’est-ce qu ’ils racontent ? » Le mieux est de se laisser bercer, emporter. Ils ont la force poétique de cela.
Mieux, ils parviennent à nous faire oublier la froideur de la petite salle où ils jouent.

Les Loupiotes de la ville 

 "L'enfance de l'art" 06/08/06

Par Catherine Robert  -  Theatre online

Festival " La scène au vert "


CRITIQUE. Deux loupiots aux airs de farfadets mélancoliques, deux étonnants voyageurs à la jeunesse mâtinée de gravité, un peu Rimbaud aux poches crevées et au paletot idéal, un peu Keaton soudain rendu à la légèreté de la glissade, Antoine Guiraud et Kamel Isker déploient sur scène une inventivité et une souplesse artistique prometteuses. Mine de rien, en partant d’une situation à la Godot, les deux personnages qu’ils campent entament une traversée de l’existence et de ses aléas poétique et drôle.Belle maîtrise du geste et borborygmes des jeux d’enfance, souplesse du corps et vélocité des enchaînements scéniques : leur spectacle, soutenu à la régie son par Laetitia Poulalion, est une prestation qui mérite vraiment d’être découverte. Entre enfance et guirlandes lumineuses des soirs de bal populaire, entre cour de récré et quinquet des bamboches improbables, le titre du spectacle de Kamel Isker et Antoine Guiraud joue en clin d’œil de l’homonymie. Lampe fragile ou enfance de l’art ? Dans tous les cas, modestie revendiquée pour ces deux jeunes comédiens frais émoulus de la classe d’art dramatique du Conservatoire du 13e arrondissement de Paris dont la tête danse encore avec aisance dans le chapeau qui sert de totem à leur spectacle. Pas de pavane savante ni d’emprunt compassé aux maîtres du genre, pas d’imitation frelatée des standards ni de référence appuyée, si ce n’est, de manière quasi impressionniste, l’évidente présence dans le jeu du souvenir de tous les clowns tristes de l’histoire du music-hall et du cinéma muet.

Kamel Isker, dont le regard pétille pour mieux s’abîmer dans une perplexité bonasse, renvoie la balle à son camarade Antoine Guiraud, plus nerveux et plus aérien, et les imperceptibles changements d’humeur des personnages que les deux mimes passent en revue apparaissent avec une belle évidence sur l’écran des visages. Estragon et Vladimir attendant l’inspiration au début d’un spectacle ou les pleurs de l’un trouvent dans le rire de l’autre l’invitation au voyage, les deux comédiens enfilent progressivement les costumes virtuels de leurs rôles successifs pour une évocation drolatique des événements chaotiques d’une existence nomade.

Deux personnages, donc, et deux chapeaux, avec pour tout décor la musique que Laetitia Poulalion lance depuis la régie. Les corps deviennent le lieu du drame et réussissent adroitement à faire naître des paysages et des ambiances par la seule force du geste, d’un étirement, d’un saut, d’une chute, d’une contorsion ou d’une vrille farceuse. Scène d’anthologie, la chute au fond de l’eau et la remontée à la nage des deux compères devenus poissons est à cet égard d’une saveur épatante.

Parvenant à embarquer le public dans cette odyssée croquignolette où deux rêveurs prennent le temps de réenchanter le réel, Kamel Isker et Antoine Guiraud signent et interprètent un premier spectacle qui, après sa création en août 2006 au festival La Scène au Vert, se doit d’être pour eux un passeport assuré pour de nouvelles scènes et de nouvelles aventures.